Café littéraire : la
campagne de Russie
Dominic Lieven, membre associé de
la British Academy, La Russie contre
Napoléon.
Marie-Pierre Rey, professeur à
l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, L’effroyable
tragédie.
Pour commencer, nous pouvons
constater que la Campagne de Russie a été faiblement étudié du côté Russe. De
ce fait, chaque pays a une vision nationaliste de cette campagne car l’Etat a
voulu cette vision pour faire naître une conscience nationale. Cette conscience,
illustrée par des actions héroïques (la charge du Maréchal Murat à la tête de
sa cavalerie), se répercute dans la littérature. Pour les Russes, la bataille
de Borodino (qui est pour nous la bataille de la Moskowa) est l’élément
fondateur de leur conscience nationale qui fait de cette guerre, une guerre
patriotique (comme le sera la Seconde Guerre Mondiale). Toutes les classes
sociales se regroupent derrière leur Tsar (Alexandre Ier) pour défendre la
Sainte Russie, à ce patriotisme se mêle une consonance religieuse. Comme le
pensait Napoléon, les Russes se préparaient bien à une guerre, mais à une
guerre défensive, ils savaient que tôt ou tard, Napoléon les attaqueraient.
Cependant, vaincre à la fois la Russie et l’Angleterre est très difficile, il est
nécessaire de posséder une puissance maritime importante pour faire face à la
Royal Navy et une puissance terrestre bien organisée et bien ravitaillée. Le
cœur de l’Europe, et notamment la Pologne, sont au cœur des conflits qui
opposent l’empire russe à l’empire Napoléonien. Tandis que Napoléon veut une
Pologne libre et souveraine, le Tsar Alexandre Ier refuse de voir une puissance
catholique autonome aux portes de son empire. La guerre qui s’enclenche est une
guerre moderne où le patriotisme, l’espionnage et le cheval sont des éléments
importants. Comme nous l’avons vu, les russes combattent pour leurs terres, ce
qui est différent des armées napoléoniennes qui combattent pour la gloire et
dont les rangs ne comptent que 40% de français. Ainsi les discours franco-centré
de Napoléon ne parviennent pas à atteindre plus de la moitié de ses troupes, on
peut le remarquer dans le fait qu’une grande partie des déserteurs sont des
étrangers. Si la bataille de Borodino et le reste de l’année 1812 est vu comme
une guerre patriotique pour les Russes, cela change complètement en 1813/1814
car les Russes combattent hors de leurs frontières et leurs victoires sont des
victoires de l’empire, et non du peuple comme en 1812. Jusqu’en février 1812,
l’empereur Russe possède un réseau d’espionnage important en France, ce qui lui
permet de préparer sa défense. Les élites russes sont francophones et refusent
de se battre contre ceux qu’ils portent en admiration. C’est pour cette raison
qu’Alexandre Ier développe un discours nationaliste et religieux où il présente
Napoléon comme l’antéchrist. Il montre également que Napoléon a perverti les
principes de 1789 et que la culture française a envahi et perverti la Russie. Le
financement de cette campagne du côté Russe est assuré par le trésor au bord de la banqueroute, cependant, dès que
les combats se font à l’extérieur du territoire, elle est financée par les
Polonais (assaillis de nouveaux impôts) et la Prusse qui s’allie à la Russie.
Comme nous l’avons vu, le cheval est très important à cette époque car il
assure le ravitaillement, tire les canons et fait parti des régiments de
cavalerie. Les Français rendent hommage aux chevaux russes, ils sont plus
résistants, leurs sabots épais n’ont pas besoin d’être ferré. A l’inverse, les
magnifiques purs sangs français sont plus faibles, ils vont subir le froid et
en mourir. Le ravitaillement français n’arrive pas jusqu’aux soldats car les
chevaux viennent à manquer et les charrettes s’enlisent suite aux pluies
diluviennes. Les pertes humaines sont énormes, en seulement trois mois, la
Grande Armée perd la moitié de ses effectifs, avant même son arrivée dans
Moscou. L’hiver donne un coup de grâce à l’armée napoléonienne, dans les
premières semaines de décembre, la température descend jusqu’à -37°C alors que
les hommes n’ont pas de vêtements d’hivers. Pour conclure, nous pouvons donc
affirmer que les Russes ont basé leur stratégie sur le manque de ravitaillement
des armées napoléoniennes. Dans cette guerre s’opposent deux idéologies,
l’ancien régime monarchiste et religieux contre la modernité de l’empire issu
de la Révolution.
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