Ce débat était animé par
Anaïs Kien, chercheuse en sciences humaines et documentariste sur
France Culture, et il a eu lieu en présence de Laurent Olivier,
conservateur
du département d'archéologie celtique et gauloise au musée
d'Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye. Il était
d'avantage question de la présentation de l'ouvrage de Laurent
Olivier, Nos
ancêtres les Germains1.
Le
sujet du débat portait sur l'archéologie nazie et l'influence
qu'elle a eu sur l'archéologie française. Laurent Olivier essaye de
dévoiler une réalité qui a longtemps était resté secrète : la
collaboration consciente des archéologues français pour l'"aryannisation" de la discipline. Il s’intéresse donc aux
fouilles faites en France, qui avaient pour but de prouver que
l'Alsace et la Moselle sont des territoires germains et que les
frontières avec la France peuvent être repousser jusqu'à la Seine.
Il était également question d'établir un lien entre les mégalithes
de Bretagne et ceux de l'Allemagne et de la Scandinavie.
L'application
d'un programme révolutionnaire nazi traduit l'intérêt croissant
pour la science aryenne, la science "supérieure'". La race
germanique étant supérieur, il est nécessaire de la crédibiliser
par la recherche de preuves scientifiques, au point de réinterpréter
l'Histoire. L'archéologie devient une science raciale (donc de
conquêtes) au service du régime nazi. Les fouilles sont un réel
outils de propagande. Les moyens mis en œuvre sont colossaux et la
formation de professionnels pour cette discipline devient l'une des
priorités scientifiques du IIIe
Reich.
86% des archéologues allemands étaient membres du parti nazi car il
s'agissait de personnes déjà idéologiquement formées (jeunesses
hitlériennes, anciens membres des SA et des SS...). La profession
d'archéologue se développe donc dans les années 30 en Allemagne,
alors qu'en France elle prend de l'importance qu'à partir des années
80-90.
En
plus de lever l'omerta sur la collaboration des archéologues
français au régime nazi et d'affirmer que l'archéologie raciale
est à l'origine de l'archéologie moderne – l'étude des héritages
des peuples sur les nations modernes est due à l'idéologie nazie –,
Laurent Olivier pose la question de l'utilisation des données
archéologiques récoltées par le IIIe
Reich. Après 1945, les archéologues ont continuité leur carrière
comme professeurs dans les universités. Bien qu'ils n'exploitaient
plus "racialement" les données, les méthodes développées par
l'Allemagne nazie persistaient, au point de polluer la recherche
archéologique européenne jusqu'au XXIe
siècle.
Adrien Robin
1 OLIVIER, Laurent, Nos ancêtres les Germains. Les archéologues au service du nazisme, Paris, Tallandier, 2012
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