Pour
les Rendez-Vous de l'Histoire, Radio France a délocalisé certaines
de ses émissions pour des enregistrements en public.
Downtown faisait
donc parti de ce voyage en région. L'émission est animée par
Philippe Collin et Xavier Maudit sur France Inter, du lundi au
vendredi de 18h20 à 19h.
Pour
cette spéciale Rendez-Vous de l'Histoire, Collin et Mauduit
recevaient 3 ministres : Jack
Lang,
initiateur des Rendez-Vous de l'Histoire de Blois et éternel
ministre de la Culture ; Jean-Noël
Jeanneney,
président du Conseil Scientifique des Rendez-Vous et ancien
secrétaire d'État ; Passi,
rappeur et ancien membre du Ministère A.M.E.R.
La
quotidienne pop et décalée du duo de France Inter a commencé par
une chronique présentant la ville de Blois, une "carte postale"
auditive composée d'archives sonores de l'INA. Une seconde chronique
sur une brève histoire de la baguette magique est venue ponctuer
l'émission.
Avec
leur premier invité, Jack Lang, Collin et Mauduit ont évoqué son
action culturelle à Blois, la création des Rendez-Vous de
l'Histoire et l'actualité sur son nouveau livre consacré à
Michel-Ange1.
Avec Jean-Noël Jeanneney, le débat a porté sur la place de
l'histoire dans la politique et de son appropriation par les
politiques ainsi que les liens entre l'histoire et l'actualité (en
échos à son nouvel ouvrage Au
regard de l'histoire2).
Enfin, Passi a interprété deux chansons de son nouvel album, Ère
Africa.
En marge du sommet de la francophonie de Kinshasa, la dernière
conversation de l'émission était sur les rapports entre France et
Afrique.
Malgré
quelques problèmes techniques plongeant les animateurs dans un
profond stress, l'émission s'est déroulée devant une salle comble
et un public survolté. Hors antenne, Passi a offert en exclusivité
pour les spectateurs un dernier titre, une réinterprétation de son
tube "Face à la mer" (mais sans Calogero).
Après
avoir été submergé par les autographes et les photos des fans,
Philippe Collin et Xavier Mauduit m'ont accordé un court entretien.
Vous
avez tous les deux suivis des études d'Histoire (Philippe Collin
ayant obtenu une maitrise d'histoire et Xavier Mauduit venant de
soutenir sa thèse de doctorat en mars 20123).
Et lors de votre émission, un débat a eu lieu sur le rôle de
l'histoire avec Jean-Noël Jeanneney. Pour vous, quelle place doit
avoir l'histoire aujourd'hui ?
Philippe
Collin :
Le professeur va répondre !
Xavier
Mauduit :
Elle est double. Premièrement, elle est essentielle pour notre
regard sur l'actu. On matte le flux d'informations, on adore ça, et
à un moment tu te poses et tu regardes avec le recul. Tu as ton info
qui tombe et puis tu regardes avant ce qu'il s'était passé. La
démarche historique est ici appliquée pour comprendre le présent.
C'est le côté important de l'histoire : elle est là, toujours
présente. Deuxièmement, je vous rapporte aux travaux du Comité de
Vigilance face aux Usages Publics de l'Histoire4,
qui eux surveillent comment on utilise l'histoire et ce n'est pas si
simple que ça. L'usage de l'histoire est très compliqué, on peut
en faire se que l'on veut. L'histoire ne se manipule pas n'importe
comment, il y a une méthode et une vraie réflexion.
Justement,
on en revient à la controverse qu'avait provoqué la une du Figaro
Magazine d'août 20125
dont
les historiens dénonçaient le parti pris idéologique ou le
marquage trop politique.
X.M.
: En
même temps, c'est le Figaro. Il y avait des historiens très
intéressants dans ce numéro mais un peu orientés. Pour moi, plus
on parle d'histoire, mieux c'est. Mais on ne peut pas vendre
l'histoire comme une chose figée. Par exemple, la polémique du
musée de l'Histoire de France c'était ça. L'Histoire de France
serait un truc figé dans le temps. Mais non, c'est plus compliqué.
L'histoire évolue, tout est en débat, il y a des questionnements et
cela dépend où l'on se place. L'histoire ce n'est pas le papier
glacé à la Stéphane Bern. Son émission, Secrets
d'Histoire
(France 2), est intéressante mais ce n'est pas que ça l'histoire.
P.C.
:
Si on met de côté la démarche scientifique, ce que j'aime dans
l'histoire c'est que ça raconte aussi des histoires. Cela te permet
de te créer un imaginaire, mais sans pour autant raconter n'importe
quoi. J'ai fait de l'histoire pour pouvoir m'échapper du quotidien
et du réel. L'histoire a cette dimension de machine à rêves.
L'histoire, c'est du plaisir.
X.M.
:
On fait de l'histoire parce qu'on adore ça. Ce que j'aime bien aussi
c'est que ça permet de comprendre. On est quand même dans un monde
aujourd'hui où il n'y a rien de récent, on est que dans du
vieux, comme à Paris où c'est tout du XIXe siècle. Parfois ça
m'étonne de voir des gens qui passent toujours devant la même
statue et qui ne savent pas de qui il s'agit. Je pense que quand on a
ses petites armes culturelles, on est plus à l'aise. Même si ça ne
sert pas à grand chose, se dire qu'ici il s'est passé ça permet de
mieux comprendre son monde. C'est pour ça que l'histoire est liée à
la géographie. Ce sont deux disciples pour comprendre le monde qui
se marient très bien.
Vous
avez réussi, grâce à vos émissions (Panique
au Mangin Palace,
Panique au ministère
Psychique ou La
Cellule de dégrisement sur
France Inter depuis 2005), à insuffler un nouvel esprit pop à la
radio. Le thème de cette édition 2012 des Rendez-Vous de
l'Histoire, les Paysans, c'est pop ?
X.M.
:
Ils ne sont pas pop en soit mais ils peuvent être pop. Il y en a.
Par exemple, les jeunes paysans d'aujourd'hui sont les nouveaux
aventuriers. C'est de la folie de se dire « je veux reprendre une
ferme » !
P.C.
:
Il y a un côté romantique.
X.M.
:
Je trouve merveilleux ce courage. Il n'y a que 3% de la population en
France qui travaille dans le milieu agricole. Mais quelle est cette
répartition dans le territoire ? C'est quasiment tout le territoire.
Tout est paysan.
P.C.
:
Pop veut dire populaire.
X.M.
: Donc
tout est pop. Si tu veux confisquer un savoir, tu enlèves le côté
pop de la chose, tu fais peur aux gens. « C'est trop sérieux, c'est
pas pour moi ! ». Pendant longtemps, les classes populaires
n'avaient pas accès à l'université et aux savoirs un peu plus
"sérieux". Les grands discours sérieux dans de grands
amphis écartent plein de gens. Et notre discours est de faire passer
parfois des idées très complexes en les rendant pop. La libération
de la forme est importante pour faire passer le message politique du
fond. C'est très Bourdieu comme raisonnement mais ça fonctionne.
Tout est accessible, il ne faut pas que les gens aient peur. Un livre
d'histoire, même un peu compliqué, te donneras autant de plaisir
qu'une mauvaise vulgarisation. Rendons les choses simples.
Propos
recueillis par Adrien Robin.
1
LANG, Jack, LEMOINE, Colin, Michel-Ange,
Paris, Fayard, 2012
2
JEANNENEY, Jean-Noël (dir.), Au
regard de l'Histoire. L'actualité vue par les historiens. Du
printemps arabe à l'élection présidentielle,
Paris, Autrement, 2012
3
MAUDUIT, Xavier, Le ministère
du faste : la Maison du président de la République et la
Maison de l’empereur (1848-1870), Thèse
de doctorat en Histoire, Université Panthéon-Sorbonne Paris 1,
2012
5
« Qui
veut casser l'histoire de France ? », Le
Figaro Magazine,
n° 21169/21170
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